Superbe couleur turquoise. Des lupins en fleur.

Dans cet article, nous suivons la route australe qui nous mène de Villa Manihuales aux rives du magnifique lac General Carrera. Paysages de far-west, vastes forêts, rivières et lacs turquoise, cascades, pics acérés, sommets enneigés, aiguilles rocheuses du Cerro Castillo, champs de lupins… Le décor est varié et grandiose.

Route australe vers Coyhaique

Une journée de route nous attend, pour rejoindre les rives du lac General Carrera, situé à deux cents kilomètres plus au sud. Trois heures et demi de trajet pour l’itinéraire direct, un peu plus cependant en effectuant quelques détours. Nous poursuivons ainsi la descente de la « Carretera austral », l’autre nom de la route numéro 7.

La ville de Villa Manihuales a des airs de far-west, de bourgade perdue, loin de la civilisation. Ici, les habitants se déplacent autant en voiture qu’à cheval, les sabots ferrés des équidés résonnent d’ailleurs sur le bitume. Et les bérets sont de sortie.

De part et d’autre de la chaussée, de vastes domaines agricoles, appelés « fundo » au Chili, « estancia » de l’autre côté de la frontière, en Argentine, tournés vers l’élevage bovin et ovin, s’étendent à perte de vue. Les clôtures qui délimitent leur surface disparaissent au-delà des collines qui s’élèvent dans le lointain.

Le relief, si escarpé les jours précédents, s’aplanit, s’arrondit. Et les forêts d’arbres persistants disparaissent peu à peu, au profit de pâturages.

Deux options s’offrent alors à nous pour atteindre la grande ville de Coyhaique. Emprunter la X-50, intégralement asphaltée ou poursuivre sur la route 7, sur une portion gravillonnée d’une soixantaine de kilomètres.
Évidemment, nous choisissons la seconde option, plus scénique, bien moins fréquentée, qui passe par la localité de Villa Ortega.

Magnifique piste X-50

La piste s’engage dans une ancienne vallée glaciaire, accueillant aujourd’hui élevages et agriculture. Des prairies entières sont recouvertes de plants de lupins en fleur. Merveilleux spectacle de violet, de blanc et de rose.

Avec en toile de fond des sommets montagneux sur lesquels subsiste de la neige. Le tout sous le bleu limpide d’un ciel à peine troublé par le vol des oiseaux.

Coyhaique. La ville la plus peuplée de la route australe, près de 60 000 habitants, a pourtant des allures de bourgade tranquille lorsque nous arrivons. Peut-être est-ce lié à l’écrasant soleil qui s’est installé depuis des jours dans la région.

Vers Coyhaique

Nous ne nous attardons pas mais effectuons des courses alimentaires pour les prochains jours. Le choix est bien plus important que dans les petits magasins que l’on trouve dans tous les villages de Patagonie et les prix sont moins chers. Même s’ils restent étonnamment élevés, globalement les mêmes qu’en France, alors que le niveau de vie au Chili est inférieur de moitié.
Dans ces conditions, il n’est probablement pas surprenant de croiser autant de chiliens en surpoids. Se nourrir sainement n’est certainement pas à la portée de toutes les bourses.

La route, asphaltée, poursuit sa course vers le sud. Monotone dans un premier temps en approchant de la frontière argentine, puis sublime, lorsqu’elle traverse le massif de Cerro Castillo.

Lupins en fleur sur les rives du Rio Blanco

La rivière « Blanco » et ses affluents ont creusé de profonds sillons et canyons dans la montagne. Les sommets aux alentours prennent des teintes rougeâtre, ocre, beige, verdâtre tandis que les rives du tumultueux cours d’eau sont parsemées de multiples lupins.

Une fois de plus, les contrastes de couleurs sont fantastiques. L’environnement est paisible, propice à la détente et à la contemplation.

Plus tard, nous reprenons la route et atteignons le col Ibanez. La vue s’ouvre sur la gigantesque vallée éponyme. Un belvédère permet de profiter du paysage qui s’étend de cette dernière jusqu’au Cerro Castillo qui dresse ses impressionnantes tours noires vers le ciel.

Vers Puerto Ingeniero Ibanez

La descente s’effectue ensuite en quelques lacets, puis nous bifurquons sur la X-65 en direction de Puerto Ingeniero Ibanez. L’itinéraire est magnifique, le décor époustouflant.

L’environnement devient alors minéral et nous découvrons en contrebas le lac General Carrera. Le second plus grand d’Amérique du Sud, après le lac Titicaca. Ses eaux qui prennent des teintes turquoise ou verte en fonction de l’ensoleillement se partagent entre Chili et Argentine.

Nous traversons la petite ville de Puerto Ingeniero Ibanez et continuons la X-65 sur deux kilomètres jusqu’à atteindre une plage au bord du lac. Il fait beau, l’endroit est animé par des chiliens qui viennent se rafraîchir dans les eaux calmes. Lorsque le soleil se couche, tout le monde est reparti et la nuit s’annonce calme.


Itinéraire de Villa Manihuales au lac General Carrera

Deux jours.
200 kilomètres de Villa Manihuales à Puerto Ingeniero Ibanez (sur la rive nord du lac General Carrera). 3h30 de trajet par la route asphaltée (route numéro 7 puis X-50 et 240 et retour sur la route 7).
Même kilomètrage, plus de 4 heures, par la route 7 dans son intégralité (portion non goudronnée en passant par Villa Ortega). Somptueux plants de lupins en fleur.

Camping sauvage plage de Puerto Ingeniero Ibanez (sur les rives du lac General Carrera) : accessible en van. A 2 kilomètres à l’est de la ville, en suivant la route non asphaltée X-65. Gratuit. Animé en journée. Tranquille la nuit.

Le lendemain, 160 kilomètres de Puerto Ingeniero Ibanez à Puerto Rio Tranquilo. 3h30 de trajet. Nombreuses portions non asphaltées.
Exploration de la piste X-65 et découverte de la cascade Salto del Rio Ibanez.

Nuit au camping « La Peninsula » (Puerto Rio Tranquilo) : 8000 pesos par personne. Terrain herbeux (rare dans le coin). Mais sanitaires vétustes et propriétaire peu agréable, surveillant les moindres faits et gestes des campeurs.


Sur la piste X-65

Le lendemain, nous explorons les rives du lac, en suivant la petite piste X-65 qui mène à un poste frontière très peu fréquenté. Dans son intégralité, cette route nécessite un véhicule tout-terrain. Cependant, dans sa première partie, notre van passe sans problème. Les portions en pente sont ainsi pavées afin de faciliter l’accroche des roues et les portions plus planes sont couvertes de graviers.

Les vues sur le lac General Carrera sont magnifiques et le bleu turquoise des eaux contraste superbement avec le vert de la végétation et les montagnes qui l’entourent. Et pourtant, nous sommes seuls à en profiter, nous ne croisons absolument personne.

Les arrêts se multiplient, comme les prises de vues, au détour des virages ou pour grimper sur les promontoires rocheux qui surplombent la vaste étendue.

Plus tard, de retour à Puerto Ingeniero Ibanez, nous effectuons un détour vers la cascade située sur la rivière éponyme, à cinq kilomètres du village. Les eaux en furie se frayent un chemin, sur vingt-cinq mètres de hauteur, entre de gros blocs rocheux, puis les flots s’assagissent et le cours d’eau termine sa course dans le lac.

Ensuite, lorsque nous rejoignons la route australe, le massif de Cerro Castillo se dresse au-dessus de forêts de conifères. Les impressionnantes tours noires au pied desquelles s’accrochent des glaciers suspendus nous dominent de toute leur hauteur.

Nous atteignons la ville éponyme et en profitons pour déjeuner à l’ombre de la place principale. Nous n’aurions jamais pensé cela avant de venir en Patagonie mais nous sommes heureux de trouver des endroits abrités du soleil brûlant. Contrairement aux jours précédents, le vent s’est levé, mais il n’apporte aucune fraîcheur.

Trajet de Cerro Castillo à Puerto Rio Tranquilo

Nous reprenons la route, qui se transforme à nouveau en piste quelques kilomètres après Villa Cerro Castillo et le reste jusqu’à Puerto Rico Tranquilo, notre destination du jour (située à 120 kilomètres de distance, 3 heures de trajet).
Nous suivons une vallée le long de la rivière Ibanez, admirons la confluence entre les eaux laiteuses et d’autres vertes, puis basculons dans la vallée suivante, celle de la rivière Murta.

Les paysages patagons sont grandioses. Vastes étendues forestières, sommets enneigés, eaux turquoise, lupins en fleur… Mais la mauvaise qualité de la piste oblige plutôt à se concentrer sur la conduite.

Et, malheureusement, il est presque impossible de s’arrêter. Il n’y a pas de zone de stationnement au bord de la route et la circulation des véhicules soulève de tels nuages de poussière qu’il vaut mieux éviter de sortir du van.
Même à l’intérieur de l’habitacle, nous mangeons de la poussière plus que n’importe quel autre jour.

Soudain, au détour d’un virage, une somptueuse étendue d’eau turquoise se dévoile. Nous retrouvons le lac General Carrera, quitté le matin même. De ce côté ou peut-être est-ce lié à une luminosité différente, mais ses eaux paraissent plus colorées, plus surréalistes. Encore une vingtaine de kilomètres, effectués en surplombant légèrement ses rives et nous atteignons Puerto Rio Tranquilo.

Puerto Rio Tranquilo

Contrairement à ce que son nom indique, la petite ville n’est pas si tranquille. Des dizaines de touristes (c’est la première fois que nous en voyons autant depuis le début du périple au Chili) vagabondent dans les rues. Tous viennent, et nous également, pour participer à une excursion vers la merveille naturelle de la région, les grottes de marbre du lac.

Les différentes agences proposant des tours sont regroupées à l’entrée de la localité. Toutes pratiquent les mêmes prix et proposent les mêmes itinéraires. Nous prenons des places, au hasard, chez « Tour capilla & full marble » (plus d’informations dans l’article suivant). Rendez-vous est fixé pour le lendemain, 9 heures.

Au moment de chercher où passer la nuit, l’évidence s’impose rapidement, les endroits de camping sauvage disponibles sont peu nombreux et ne font pas rêver (tous sont situés à proximité de pistes poussiéreuses).
Nous terminons donc, une fois n’est pas coutume, au camping « La Peninsula ». C’est cher, vétuste, les sanitaires sont peu adaptés à la fréquentation et, cerise sur le gâteau, le propriétaire est bien peu agréable…


Informations pratiques

Camping sauvage plage de Puerto Ingeniero Ibanez : accessible en van. A 2 kilomètres à l’est de la ville, en suivant la route non asphaltée X-65. Animé en journée. Tranquille la nuit.

Camping « La Peninsula » (Puerto Rio Tranquilo) : 8000 pesos par personne. Terrain herbeux (rare dans le coin). Sanitaires vétustes et bien trop petits (2 douches). Propriétaire peu agréable, surveillant les moindres faits et gestes des campeurs.


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